10 juillet 2009

l'espace proustien


Maintenant tu sais ce que c'est que marcher comme un funambule.
Dans l'espace proustien il y a des vestiges, des traces, des photos jaunies, des années conservées dans de vieux agendas, des albums de vacances, de naissances, de mariages, de Noëls.
Dans l'espace proustien, il y a des voix, des rires, des paroles dites et entendues, d'autres non dites et entendues.
L'espace proustien est un lieu de choses ténues.
Tu n'as pour l'instant d'autre lieu pour les dire. Alors tu défriches pendant qu'il est temps, avant que ne se ferment les volets, avant que d'autres ne viennent ici faire leur "chez eux".
Tu es venue ici dans un dernier séjour, avant que la maison ne soit vendue, pour ratisser les feuilles, retrouver les pousses vivantes de ton enfance, ne pas laisser pourrir la mémoire morte dans le silence ou l'invention.
Tu pourras partir dans rester enfermée à l'intérieur, parce que tu auras parcouru les lieux encore une fois.
Proust est l'ami qui apaise tes nuits d'ombre. Ses longues phrases te bercent comme des bras. Les bruits de la maison ne te font pas peur, bien qu'ici tu sois seule au milieu des craquements, des volets qui battent des ailes.
A chaque fois que tu écris, tu fais un pas vers un risque d'être mais l'écrire est une pierre qui t'empêche de t'enfoncer dans les sables mouvants.
Tu fais un chemin vers, tu feras ce chemin même si parfois tu doutes. En avançant tu sais que la vie te gracie. Même si tu te sens dépositaire d'une histoire qui n'est pas toujours celle que tu aurais souhaité, tu remontes à l'étage où ils sont les vivants qui t'ont donné la vie.
Le carton de ta grand-mère n'a pas été ouvert. Il ne le sera peut-être pas pendant ton séjour. Mais c'est dans l'alentour des voix de cette boîte que tu as écrit au crayon à papier dans ton carnet. C'est une manière de respecter sa volonté d'être tue, tout en pensant qu'elle n'en pouvais plus de se taire. 

09 juillet 2009

ascenseur

J'ai repris l'ascenseur de l'histoire hier dans la voiture, en allant vers Bandol. Cette nuit, j'ai été malade comme un chien. 

Je suis venue ici, j'ai commencé à vérifier dans les cartons ce que je savais intuitivement. Mon grand-père a toujours été monarchiste, puis quand la guerre est arrivée il s'est rallié à Pétain. La peur de disparaître dans le bain de la République ne s'est jamais vraiment éteinte. J'ai retrouvé une coupure de journal, dans lequel il dit qu'il admirait Vallat et l'Action française. De 1939 à 1945, il a continué à travailler dans l'entreprise de son beau-père. C'était par ailleurs, un homme généreux, affable comme on dit. Je ne suis pas ici pour le juger. Finalement, c'est moi qui me juge. Pourquoi ? 

Ma grand-mère est née à Bagnères de Bigore en 1914. Son père était le fils d'une famille de 8 enfants. Avant la première guerre mondiale, il est parti à Terre Neuve, dans une pêcherie de morue. Puis, comme il était travailleur et ambitieux, il est venu à Marseille, dans une entreprise de sécherie et de salage de poisson. C'est à Martigues, qu'il a ensuite créé une entreprise de courtage maritime. Politiquement, mon arrière grand-père était plutôt maurassien. Il aimait la monarchie. 

Ma grand-mère, Madeleine, était une jolie fille pleine de vie. Elle aimait son père avant quiconque. Elle l'a admiré jusqu'à sa mort. Ici, j'ai retrouvé une boîte à cigare qui contient en sandwich les papiers de son identité. Au-dessus, une photo de son père. Au dessous, l'arbre généalogique de son mari et une copie de son titre de noblesse. Entre les deux, des lettres de ses parents, une lettre à son père disant déjà tout ce qu'elle serait prête à faire pour lui être fidèle, une carte d'identité de sa grand-tante d'Orthez, une ancienne carte de rationnement. 

Ma grand-mère a été le trait d'union entre deux classes sociales qui voulaient s'en sortir, un lieu si commun entre une noblesse désargentée et une bourgeoisie en pleine ascension. Je regarde les photos d'elle, consulte ses agendas qui ne sont pas des livres de phrases mais des livres de comptes. Elle faisait "ce qu'il fallait" pour que tourne "l'affaire". Elle vivait une vie de tourbillon, une vie de bridges, une vie de dîners d'affaires, une vie de femme de diplomate. Mais le consul du Mexique, Gilberto Bosques a sauvé des vies. Mon grand-père était aussi consul du Danemark. Il ne l'a pas fait. Pourquoi ? Cela remonte à bien avant la Révolution, inscrit dans sur son Blason qui est comme la marque au fer tatoué sur la peau. Il faut retourner la peau, pour voir l'envers du décor. Ce qui répond à la première question. Pourquoi moi ? Parce qu'ici  je suis la seule à avoir envie de retourner ma peau. Je chéris les miens, j'aime ma grand-mère, mon grand-père, mes tantes, mes cousines, mes cousins. Mais quand je suis avec eux, ils ne veulent pas voir l'enfer du décor. C'est la solitude. Peut-être aussi, c'est le vieillissement. L'enfance me quitte et me revient dans une même valse lente. Des souvenirs beaux comme le goût des abricots, l'odeur des pins. Et puis l'identité dans quelques cartons, les photos de la guerre vécue en souriant, sans un regard lucide, sans l'ombre d'une piété véritable. 

Je ne suis pas une intellectuelle. Je racle le fond de la mer qui trop souvent me noie. Je suis le brise-glace, je veux voir dessous à quoi ça ressemble. L'eau est froide, ce n'est pas le mistral. Je ne suis pas une intellectuelle, les choses me viennent en bloc. Je les prend de plein fouet. 

A Bruxelles, je rêvais que ma grand-mère, qui me parlait si souvent des américains, avait été amoureuse de Varian Fry. Cet homme qui a sauvé des vies, même si on lui a reproché plus tard, de n'avoir sauvé que la vie d'artistes de talent. Mais ce n'est pas lui, l'américain dont ma grand-mère parlait.

Hier, j'ai eu un flash. J'aurai pu faire 200 km de plus, pour aller voir jusqu'où nous a mené cette vie d'indifférence. Ici, tout le monde s'en fout : c'était dit-on, La France du Sud. A les écouter, il me semble que c'est déjà comme une excuse. 

Dans le miroir de l'identité, la ligne qui coupe mon corps en deux quand je me regarde dans la glace (la tête, j'en ai déjà parlé) et qui a divisé la France, c'est la ligne de démarcation. Hier, je voyais dans la mer trop bleue, le sangre azul qui coule dans mes veines et les yeux des A (non). 

Suis-je en train de prendre à nouveau l'ascenseur pour l'échafaud ?  

Il y a eu en France des camps de concentration, disséminés sur tout le territoire et qu'il faut vraiment chercher pour trouver. Car même les villes concernées ne s'en glorifient pas. Ces camps, que Daladier, "Le taureau du Vaucluse" a autorisé par décret en 1938, pour héberger des étrangers de toutes les nationalités indésirables en France et qui n'ont pu déférer à la mesure d'éloignement dont ils ont fait l'objet."

Il y en avait un aux Milles, près d'Aix-en-Provence. Il y en avait un à Agde, pas si loin d'ici.
Il y en avait un au Fort d'Antibes. Oh, ce n'est pas à l'Office du tourisme qu'on trouve des explications. Peut-être qu'il va falloir que j'y aille, je ne sais pas. C'est là que je retrouve à la fois le Taureau et Picasso. 

A ce stade, je comprends que l'impossible reste impossible à jamais. Sur mon chemin des gigognes, j'ai bien peur qu'il n'y ait que des orties. 

l'espace proustien

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pénombre 


visage

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souvenirs

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photos

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identité

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agenda

08 juillet 2009

Marius


Aujourd'hui, quelle lourdeur. Hier, j'ai ouvert des boîtes. Mais là, pas le temps d'en parler. J'ai pris des photos, les ai chargées dans l'Album mais pour l'instant elles sont invisibles. Il faut que je me penche sur la situation. Maintenant, je vais à Bandol.

Mon grand père racontait souvent cette histoire : "Tous les dimanches, Marius va à l'Eglise et il demande au bon dieu : Seigneur, s'il vous plaît, faites moi gagner au loto. Au bout du quarantième dimanche, alors que Marius désespère de ne pas être exaucé et que son bateau prend l'eau par le fond, le Bon Dieu lui répond un peu agacé : mais Marius, je veux bien moi, te faire gagner au loto...mais prend au moins un billet ! "

Il racontait ça avec l'accent de Yves Montant

Des expériences mystiques, j'en ai eu enfant quand j'allais avec ma grand-mère à l'Eglise. Elle y tenait. Je regardais mes doigts de pied dans mes sandales et je me faisais toute petite pour qu'Il ne m'appelle pas. C'est que j'avais entendu dans les thés d'après bridge, qu'elles prononçaient parfois ce mot : la Vocation, comme si elles avaient douze petits fours dans la bouche et en levant les yeux au ciel. Des mots bizarres, elles en disaient beaucoup quand elles jouaient aux cartes. Elles se taisaient et s'épiaient. Et parfois elles se détestaient et se disaient des horreurs, comme "Vous avez joué comme un manche." ou " La prochaine fois, vous ferez la morte." 

Ensuite ma grand-mère allait chercher le thé, les rondelles de citron, le lait, les petits fours. Elles maniaient leurs tasses en porcelaine fine avec doigté puis elles se parlaient de "Untel ou Unetelle" : C'est un charmant ménage... Lui, a une très belle situation...Elle, est ravissante...C'est une femme courageuse...(ce qui voulait dire que son "ménage" ne "marchait pas" ou qu'elle avait beaucoup d'enfants à élever.

Le sens de ces paroles, on pouvait les décoder à une nuance près, si on savait bien regarder la manière dont elles étaient prononcées : timbre de voix, hochement de tête ou du menton.

Le mot Vocation avait un lien avec Paroisse évidemment. Il y avait toujours ce moment où elles parlaient de "La Paroisse".

La vocation me dit ma grand-mère, c'est quand le Seigneur t'appelle dans sa maison. Oui, mais comment il fait ? je demandais. Il t'envoie une lumière. Oui mais, comment ? Hé bien, par exemple, tu es à la messe, tu ressens quelque chose de très fort en toi et tu sais que le Seigneur t'a choisie. Choisie ? je demandais. Hé bien oui...quand le Seigneur te choisit, c'est qu'Il t'appelle dans sa maison et tu dois le rejoindre. C'est ça, la Vocation.

A la messe du Dimanche, je me faisais petite. Je fixais les vitraux de couleur et j'espérais pendant toute la messe qu'aucun faisceau de lumière ne tombe sur moi. Surtout Seigneur, ne me choisissez pas, qu'est ce que je ferai dans le ciel ? 

Je me voyais errer pendant des lustres dans les nuages.


07 juillet 2009

jours de recherches


Peut-être suis-je déjà abandonnée. Peut-être qu'alors, l'invention de l'amour n'est qu'une manière d'aller au bout de ce trajet. Alors quelqu'en soit l'issue, je serai. Pour prolonger l'expérience mystique, j'ai trouvé ce livre dont je préfère taire le titre...hum, point n'est besoin de s'ultraridiculiser... qui dit que notre relation à Dieu n'est qu'un miroir de celle que nous avons avec nous-mêmes. Ici est donc un espace vide et silencieux, comme ces églises qui ne sont désincarnées que si nous le sommes nous aussi. Se retrouver nez à nez avec soi-même dans une Eglise, c'est une expérience qui m'intéresse. Peut-être justement, parce que ce n'est pas "In". Dans Elle, les actrices vous diront qu'elles vont faire des cures bouddhistes en Himalaya. Jamais qu'elles entrent dans une église pour méditer. L'église est démodée, pas le Dalaï Lama. 

En tous les cas, je vois un lien entre ma recherche du temps perdu, mes intermittences du coeur, mes "morceaux qui ne se joignent pas"  (c'est une chanson de Françoise Hardy : La vie est faite de morceaux qui ne se joignent pas, les intermittences de nos coeurs, Oh, Mon Dieu quel cri de douleur).

Je tisse le silence avec la vie qui me vient, parce que ma mère m'a toujours dit qu'il fallait avoir confiance dans la vie. Les mères peuvent donner la vie et la mort. Elles sont, nous sommes, nous pouvons être, nous les mères (mais aussi nous les humains sans distinction) comme la Reine Creuse d'Euripide. Porter à notre cou un talisman qui contient deux filtres : le poison mortel et le remère. 

Il y a eu ici dans ces relations grand-mère/mère/fille, le toxique et le salutaire. J'ai vu hier la terrible pièce de Federico Garcia Lorca : La maison de Bernarda Alba. Exemple poussé à l'extrême du toxique sans salut. Terrible terrible pièce.

Nous sommes, nous pouvons être, nous les mères comme la Reine Creuse, si nous ne remplissons pas le vide silence, le songe-creux par nos propres paroles, si nous ne faisons pas la démarche arrière, à rebrousse-temps.

Ramasser à plusieurs sens. Tu ramasses des feuilles, par exemple. C'est le premier sens. Et en argot, se ramasser signifie se planter. Si tu te ramasses, tu dois ramasser les feuilles éparses et les relire attentivement. Ton orgueil en prend un coup, surtout que tu es une fille à blason et aussi la petite-fille de ta grand-mère.

Ma grand-mère n'avait pas (merci mon dieu) le sangre azul, mais le sang des basques. Comme elle n'était pas noble, elle disait souvent qu'elle était "de petite extraction". Une vie entière ne lui a pas suffit à gommer cette honte qu'elle avait, de ne pas être une "duc et prince", comme elle disait. Elle préférait qu'on ne parle pas de ses origines, qu'on "ne les crie pas sur les toits". Ce sont ses termes. J'entends sa voix. Mais elle n'était pas, loin de là, une femme à s'écraser toute.

Bon, j'ai écrit douze mille lignes de plus, mais ça ne va pas rentrer dans ce petit mouchoir de poche...Ce soir, j'étais invitée à une fête chez mes cousines, mais je suis restée tranquille. J'espère que je ne vais pas trop trop me transformer en bonne soeur. Je crois que je vais regarder Manon des sources. Mon grand-père avait la même voix, quand il dit : Adésias, ma pitchoun', c'est la joie et la tristesse mélangées.  

06 juillet 2009

macôn-marseille : un train tranquille

J'ai ouvert la porte et j'ai dormi. J'ai fait le tour du cadran. Dormi pour calmer cette violence 1793 qui ne veut pas se coucher.


Les amis sont les trésors sur le chemin. Ils vous aiment tels que vous êtes, ils accueillent vos larmes, votre fatigue, vos doutes, vos efforts. Ils vous acceptent en vrac. Mes mains tremblent encore d'avoir traversé les siècles. Je suis arrivée à vif, pelée comme une orange et sans zeste. J'ai embrassé les enfants sur le quai de la gare avec leurs sourires de grandes vacances, leurs cousins et les framboises du jardin. Puis j'ai pris un autre train. Je me suis assise sous les arbres et j'ai souri au son de la bouteille qui s'ouvre. Ce petit bruit qui sonne l'heure du soir, l'heure fraîche des grillons, une cigarette, un verre de vin. Ce qui me sauve toujours du désarroi, c'est ce goût de la vie, ce goût intense qui lorsqu'il n'est pas poussé à l'extrême m'émerveille de petites choses. Un goût terrien qui me rattache aux plaisirs les plus simples. Parler, rire, se sentir fille de Woody Allen. La capacité à rire de soi, à se voir avec des lunettes drôles. J'en connais qui se complaisent dans le tragique sans que l'humour ne leur permette d'accéder  eux-mêmes par une autre porte. Ils ont fermé pour toujours celle de l'enfant qui saute dans la marelle.

Terre. Un, deux, trois, plouf, quatre, cinq, six. Ciel.

Trois jours pour retrouver l'unité de mon corps, perdu dans des violences qui ne me concernent plus mais qui ont traversé les années dans les souterrains de nos mémoires, dans les couloirs et les pièces secrètes des châteaux, dans les miroirs et les cadres des grands tableaux, dans les yeux des chercheurs sincères et des manipulateurs, dans les plumes des romanciers et des journalistes. 

Dans le grand bâtiment de la mémoire, je suis sortie de l'étage XVIIème, j'ai éteins la lumière, et repris l'ascenseur de ma vie. Hier à Lyon, sur les quais de Saône, mon regard attiré par l'étal du marchand a résisté à l'achat compulsif d'ouvrages irrésistibles. 18 brumaire ou 9 Thermidor, Mémoires de Madame de, Cauchemars de Robespierre, je vous laisse pour l'instant.

Mais dans l'ascenseur de nos familles, celui qui part des origines et qui nous mène jusqu'à demain, vous étiez là dans ma mémoire, non, vous étiez là dans ma boîte noire après le crash et je regarde sur la carotte de glace les strates et les traces de votre passage. Ce qui a survécu dans nos familles est moins cette femme, Charlotte Corday, que les valeurs qui ont entraîné sa folie : l'honneur, la distinction, la volonté de conserver un "rang" et la peur de disparaître. Cette peur de disparaître dont Charlotte C. n'est pas l'épithète (une femme meurtrière), mais l'épiphénomène. 

Liée à un événement choc qui ressemble un peu à une boule de fils emmêlés ou à un corps en morceaux disséminé dans les replis de l'histoire. Ce que je ressens, c'est que cette Terreur est comme une grenade dégoupillée dans le corps d'un monde qui n'aurait pas d'avenir 

Nos corps ne sont pas qu'un amas de chair, de viscères et de muscles. Nos corps sont pétris de nos histoires.

Après la guerre, je voulais la paix, trouver un silence qui me permette d'accoster dans cette maison d'enfance et d'accueillir ses voix, de retrouver les souvenirs frais  comme les poissons à la criée. 


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J'ai cherché l'expérience mystique, celle qui vient nous chercher loin pour nous emmener ailleurs, celle qui ouvre les portes des jardins et ne veut plus de nous, apeurés et sanglants, mais chercheurs et vivants.

A Taizé, j'ai adopté un oiseau et je l'ai accroché à mon poignet. C'est lui que je vois chaque seconde, lui aussi qui me donne mauvaise conscience quand la vie m'appelle à d'autres plaisirs plus vains (mais très délicieux ! ). Parfois, je sais l'amadouer : juste un verre, encore un dernier bain, une petite sieste ou une longue nuit. Je l'ai plongé dans l'eau bénite et dans le rosé bien frais. Demain il nagera avec moi dans l'eau de la Méditerranée. 

A Cluny, je suis entrée dans une église sobre et silencieuse. J'ai allumé deux cierges. J'ai dit faisons la paix. Il a dit : on verra après.

A Mâcon, j'ai bu du Gevrey-Chambertin jusqu'à la dernière goutte.

A Lyon, je suis montée jusqu'à Fourvière, j'ai écouté le Stabat Mater, allumé un cierge et fait semblant de ne rien demander. C'est dans ce silence, comme une page vierge, que les mots en nous se forment. Quand tu fermes les yeux, sans penser à l'Eglise, à ce qu'elle représente, à tous nos préjugés. Mais dans le silence un peu intimidé de n'avoir appris aucune jolie prière, laisser s'approcher tes sentiments les plus secrets pour les laisser s'épanouir. C'est là qu'ils viennent, purs et sincères, éclore comme le visage de celui que tu aimes et dont l'absence est un océan. 

Alors dans la simplicité, dire les mots que tu ne lui a pas dit. 



02 juillet 2009

je silence pour quelques jours



Dire, c'est te débarrasser de ce qui t'appartiens, de ce que tu as pu faire, sciemment ou inconsciemment. Il est plus facile de se montrer sous ton meilleur jour. Tu préfères même parfois laisser les autres te définir, parler à ta place, te piétiner. 

Te taire, c'est ne pas avoir à avouer d'où tu viens. Dire, c'est accepter d'avoir honte. La honte est une vraie sensation. Avoir honte, c'est retourner le gant et montrer l'intensité de ta laideur. La honte n'a pas besoin de justification. Il suffit de la ressentir pour qu'elle existe. 

De quelle honte, de quelle laideur ? Sangre azul. Savoir jusqu'où peut mener la distinction. Se distinguer des autres, par son rang ou son sang. C'est une expression espagnole, issue de la noblesse castillane, traduite en français par sang bleu et sous laquelle se cache une idée qui me dégoûte. 

Les mots ne sont pas des masques. Les mots sont des puits au fond desquels 
se cache une réalité, une histoire.  

Ecrire, c'est accepter la possibilité d'être rejeté, haï, désaimé. Survivre à cette possibilité. Marcher sur un fil. Gagner ou perdre, ce n'est pas la question. 

Je reviendrai. Avant Marseille, escale en Bourgogne. J'ai besoin de quelques jours de silence et d'amitié. 

01 juillet 2009

il n'empêche que...



Ce matin, je taille les rosiers avant de partir parce qu'ils croulent dans la cour. Je me sens comme un coiffeur en colère avec ma cisaille à la main.

Marat, c'était peut-être un journaliste mais c'était aussi un coiffeur sanguin, il n'avait qu'à citer un nom à particule pour qu'on trimballe sa tête au bout d'une pique. C'est à cause de lui qu'à l'école, j'ai toujours raté mes analyses grammaticales parce que je n'ai jamais compris ces histoires d'épithètes. Quelle est la fonction de l'épithète ?

Marat, le radical, il haïssait. Contre la violence de la monarchie/ miroir/ la violence. Des siècles de privilèges, ça se paye jusqu'à quand ?

Sur les copies du lycée, mes cousines et moi on écrivait notre nom tout attaché. Surtout passer inaperçu. Encore à la fac, il y a deux ans : de...gal...comment vous l'écrivez ? un petit d...? dans la liste...c'est à d ?...ou c'est à g ?...G. majuscule ? ...vous êtes d'origine n ?...ça existe encore ?....quoi, qu'est ce qui existe encore...les privilèges ou moi...? ...mille têtes se tournent vers toi...et tu te dis, sal..., ça te fait plaisir de m'humilier ... 

Mais j'en passe et des meilleures... quel nom à coucher dehors...nom à coucher....dehors...
Ou...vos ancêtres étaient des salauds, mais je constate avec plaisir que vous êtes parmi vos camarades au Lycée public. 
 
Si j'avais été à sa place, j'aurais peut-être eu envie de le faire bouillir d'abord dans sa baignoire avant de lui couper les oreilles et le reste. Est-ce que j'aurais attendu la nuit, enlevé tout cet accoutrement ridicule avec lequel elle se sentait obligée de marcher dans les rues ? Est-ce que j'aurais enfilé un collant et un justaucorps noir ? Est-ce que j'aurai acheté une échelle de corde et grimpé par le mur de derrière après avoir soudoyé sa servante ? Est-ce que j'aurais eu envie de mettre le feu à sa salle de bain, pour qu'il bouillonne une bonne fois pour toute dans son jus de mots ? Est-ce que j'aurais fui à travers Paris, pendant qu'ils se pâmaient devant cet honorable citoyen ?

Ou alors, comme je l'ai lu dans un de ces journaux d'archives sur la Révolution, sur les crimes commis à cette époque, est-ce que je l'aurais découpé en morceaux et disséminé à travers Paris : un bras au Panthéon, une jambe à la Bastille, une main au Louvre, une autre sur l'île Saint Louis, ses orteils dans les égouts de la ville. Montagnard ou pas, sans-culottes si possible. 

Parce que des mots politiques, est-ce que j'en aurais eu à l'époque ? Les hommes à l'assemblée, les femmes aux arts et à la religion. 

A part écrire un polar, un autre été, si j'avais le sens de la logique, j'espère que je ne tuerai jamais personne. 

A me regarder en face, je ne risque plus l'échafaud. Le couperet est tombé. Il s'est arrêté à quelques millimètres. Il me reste la grammaire. Epithète : Littéralement "qui est ajouté", l'épithète est généralement un adjectif qui se joint à un nom ou à un pronom pour le qualifier. (Une grande maison. Une noble famille. Une femme meurtrière. Un homme...) L'épithète se différencie de l'attribut en ce qu'elle n'a pas besoin de liaison verbale. 

Charlotte, elle aurait sûrement eu besoin d'une liaison verbale. Ce qui lui aurait peut-être évité de perdre la tête 

A Marat, le sang. A Corday, la duplicité. Cette lettre :

"  Je vous écris ce matin Marat, avez-vous reçu ma lettre ? Puis-je espérer un moment d'audience ? Si vous l'avez reçue, j'espère que vous en me refuserez pas, voyant combien la chose est intéressante. Suffit que je sois bien malheureuse pour avoir droit à votre protection. " Dans le tableau de David ..."pour avoir droit à votre bienveillance."

Elle dissimule le couteau sous la muleta. La muleta rouge, c'est quelle est prête à lui offrir quelque chose en échange. Qu'elle n'a pas. Toro....Muerte....

Après, princesse lointaine, elle se drape. Un tour sur elle-même, flamenco. Clap clap clap. 

On apprend ça très tôt. Tiens toi bien. Belle posture. Reste digne. Ne crie pas. Rentre ton ventre. Port de tête. Clap clap clap. Orgueil. C'est aussi flamenco. La danse des hommes avec/contre les femmes. Ils ne se touchent pas, ils se regardent dans les yeux. Rouge passion.

La "princesse lointaine", ce n'est pas un jeu, c'est un naturel qui revient au galop. C'est aussi une expression. On apprend ça très tôt. Rester digne, dans la tourmente. L'orgueil est notre plus précieux blason. Tenir la tête haute, préserve du déshonneur et de la guillotine.

Tous les ponts mènent à Marseille. Un mélange de flamenco et de princesses lointaines. Et j'envisage les détournements, les demi-tour droite. J'entends le bruit des chaussures. J'en ai une très belle paire. Castagnettes. Clap clap clap. 

Bon, voilà où elle s'est logée notre culture Ancien Régime. 
Moi, j'aurai préféré suivre le régime "Elle", mais j'ai dû me perdre quelque part. Rejouer le complot.

Je ne vais pas dire que je ne danserai plus jamais le flamenco : je ne suis pas une pimbêche. Mais j'ai des habitus ! La trouille : princesse lointaine...L'abandon  : escargot impulsif... Et si je gagne...facile à dire...

30 juin 2009

à quoi elle pense ?

Chagall

Chagall - Le cirque bleu


Et pourquoi j'aurai besoin d'un lifting total ? 
Dis moi cheval, suis-je si horrible qu'il faille à tout prix que je me confesse
à Dieu ?
Ou suis-je un âne ?
Il y a des poissons bizarres dans mon bocal et des années lunaires de tristes circonstances. 
Un oiseau me chatouille la jambe, j'aimerai bien prendre la poudre d'escampette.
Mais un homme tient le monde à bout de bras pour que je vois le jour.
Quand il est furieux, le globe se casse la gueule.
Quand il est gentil, la lune se met à chanter.
Drôle de monde...
La réalité est comme une valise. 
Plus on emporte de choses, moins il est facile de la fermer. 


Quand au lifting, j'en perds mon sex appeal...



 

29 juin 2009

Etape 1: parcours musical


Au début, il y avait : Téléchargement 08 Mer Du Japon
Air

Puis très vite, il y a eu une superposition de  : Téléchargement 05 Les revenants
Vanessa Paradis

Maintenant, c'est l'intermède léger : Téléchargement 09 Thank You, Stars
Katie Melua 


Heureusement, qu'il y a la musique.

juillet 2009

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