J'ai repris l'ascenseur de l'histoire hier dans la voiture, en allant vers Bandol. Cette nuit, j'ai été malade comme un chien.
Je suis venue ici, j'ai commencé à vérifier dans les cartons ce que je savais intuitivement. Mon grand-père a toujours été monarchiste, puis quand la guerre est arrivée il s'est rallié à Pétain. La peur de disparaître dans le bain de la République ne s'est jamais vraiment éteinte. J'ai retrouvé une coupure de journal, dans lequel il dit qu'il admirait Vallat et l'Action française. De 1939 à 1945, il a continué à travailler dans l'entreprise de son beau-père. C'était par ailleurs, un homme généreux, affable comme on dit. Je ne suis pas ici pour le juger. Finalement, c'est moi qui me juge. Pourquoi ?
Ma grand-mère est née à Bagnères de Bigore en 1914. Son père était le fils d'une famille de 8 enfants. Avant la première guerre mondiale, il est parti à Terre Neuve, dans une pêcherie de morue. Puis, comme il était travailleur et ambitieux, il est venu à Marseille, dans une entreprise de sécherie et de salage de poisson. C'est à Martigues, qu'il a ensuite créé une entreprise de courtage maritime. Politiquement, mon arrière grand-père était plutôt maurassien. Il aimait la monarchie.
Ma grand-mère, Madeleine, était une jolie fille pleine de vie. Elle aimait son père avant quiconque. Elle l'a admiré jusqu'à sa mort. Ici, j'ai retrouvé une boîte à cigare qui contient en sandwich les papiers de son identité. Au-dessus, une photo de son père. Au dessous, l'arbre généalogique de son mari et une copie de son titre de noblesse. Entre les deux, des lettres de ses parents, une lettre à son père disant déjà tout ce qu'elle serait prête à faire pour lui être fidèle, une carte d'identité de sa grand-tante d'Orthez, une ancienne carte de rationnement.
Ma grand-mère a été le trait d'union entre deux classes sociales qui voulaient s'en sortir, un lieu si commun entre une noblesse désargentée et une bourgeoisie en pleine ascension. Je regarde les photos d'elle, consulte ses agendas qui ne sont pas des livres de phrases mais des livres de comptes. Elle faisait "ce qu'il fallait" pour que tourne "l'affaire". Elle vivait une vie de tourbillon, une vie de bridges, une vie de dîners d'affaires, une vie de femme de diplomate. Mais le consul du Mexique, Gilberto Bosques a sauvé des vies. Mon grand-père était aussi consul du Danemark. Il ne l'a pas fait. Pourquoi ? Cela remonte à bien avant la Révolution, inscrit dans sur son Blason qui est comme la marque au fer tatoué sur la peau. Il faut retourner la peau, pour voir l'envers du décor. Ce qui répond à la première question. Pourquoi moi ? Parce qu'ici je suis la seule à avoir envie de retourner ma peau. Je chéris les miens, j'aime ma grand-mère, mon grand-père, mes tantes, mes cousines, mes cousins. Mais quand je suis avec eux, ils ne veulent pas voir l'enfer du décor. C'est la solitude. Peut-être aussi, c'est le vieillissement. L'enfance me quitte et me revient dans une même valse lente. Des souvenirs beaux comme le goût des abricots, l'odeur des pins. Et puis l'identité dans quelques cartons, les photos de la guerre vécue en souriant, sans un regard lucide, sans l'ombre d'une piété véritable.
Je ne suis pas une intellectuelle. Je racle le fond de la mer qui trop souvent me noie. Je suis le brise-glace, je veux voir dessous à quoi ça ressemble. L'eau est froide, ce n'est pas le mistral. Je ne suis pas une intellectuelle, les choses me viennent en bloc. Je les prend de plein fouet.
A Bruxelles, je rêvais que ma grand-mère, qui me parlait si souvent des américains, avait été amoureuse de Varian Fry. Cet homme qui a sauvé des vies, même si on lui a reproché plus tard, de n'avoir sauvé que la vie d'artistes de talent. Mais ce n'est pas lui, l'américain dont ma grand-mère parlait.
Hier, j'ai eu un flash. J'aurai pu faire 200 km de plus, pour aller voir jusqu'où nous a mené cette vie d'indifférence. Ici, tout le monde s'en fout : c'était dit-on, La France du Sud. A les écouter, il me semble que c'est déjà comme une excuse.
Dans le miroir de l'identité, la ligne qui coupe mon corps en deux quand je me regarde dans la glace (la tête, j'en ai déjà parlé) et qui a divisé la France, c'est la ligne de démarcation. Hier, je voyais dans la mer trop bleue, le sangre azul qui coule dans mes veines et les yeux des A (non).
Suis-je en train de prendre à nouveau l'ascenseur pour l'échafaud ?
Il y a eu en France des camps de concentration, disséminés sur tout le territoire et qu'il faut vraiment chercher pour trouver. Car même les villes concernées ne s'en glorifient pas. Ces camps, que Daladier, "Le taureau du Vaucluse" a autorisé par décret en 1938, pour héberger des étrangers de toutes les nationalités indésirables en France et qui n'ont pu déférer à la mesure d'éloignement dont ils ont fait l'objet."
Il y en avait un aux Milles, près d'Aix-en-Provence. Il y en avait un à Agde, pas si loin d'ici.
Il y en avait un au Fort d'Antibes. Oh, ce n'est pas à l'Office du tourisme qu'on trouve des explications. Peut-être qu'il va falloir que j'y aille, je ne sais pas. C'est là que je retrouve à la fois le Taureau et Picasso.
J'ai ouvert la porte et j'ai dormi. J'ai fait le tour du cadran. Dormi pour calmer cette violence 1793 qui ne veut pas se coucher.
Sur les copies du lycée, mes cousines et moi on écrivait notre nom tout attaché. Surtout passer inaperçu. Encore à la fac, il y a deux ans : de...gal...comment vous l'écrivez ? un petit d...? dans la liste...c'est à d ?...ou c'est à g ?...G. majuscule ? ...vous êtes d'origine n ?...ça existe encore ?....quoi, qu'est ce qui existe encore...les privilèges ou moi...? ...mille têtes se tournent vers toi...et tu te dis, sal..., ça te fait plaisir de m'humilier ...
Charlotte, elle aurait sûrement eu besoin d'une liaison verbale. Ce qui lui aurait peut-être évité de perdre la tête :
Elle dissimule le couteau sous la muleta. La muleta rouge, c'est quelle est prête à lui offrir quelque chose en échange. Qu'elle n'a pas. Toro....Muerte....
Au début, il y avait :
Téléchargement 08 Mer Du Japon
Air
Puis très vite, il y a eu une superposition de :
Téléchargement 05 Les revenants
Vanessa Paradis
Maintenant, c'est l'intermède léger :
Téléchargement 09 Thank You, Stars
Katie Melua
Heureusement, qu'il y a la musique.